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Homélies

Homélie dans la basilique de Paray-le-Monial, dimanche 10 septembre 2017 lors de la 4ème session de l'Assemblée synodale


« Quand deux ou trois sont réunis... »  (Mt 18, 20)


Chers frères et sœurs,

A l’issue de ces deux journées d’assemblée synodale à Paray-le-Monial, nous goûtons le beau repos de la prière, et le réconfort de la Parole de Dieu.

Les passages de l’Ecriture qui sont lus en ce 23ème dimanche du Temps Ordinaire, débutent par un dialogue entre Dieu et le rugueux prophète Ezéchiel. Rappelons nous qu’Ezéchiel veut dire « Dieu rend fort ». Après la terrible destruction de Jérusalem en 587 et la déportation du peuple à Babylone, cet homme sans complexes et sans nuance, était devenu le témoin courageux du salut que Dieu seul peut donner. Il a été appelé à crier la parole du salut, au milieu d’un peuple traumatisé par la violence. Il ne s’est pas préoccupé seulement de quelques-uns, mais de chaque membre de la communauté des fils d’Israël, qu’il soit juste ou injuste, et il ne s’est pas occupé de mettre du crépi sur un mur lézardé, mais il s’est franchement occupé de guérir du péché. Et quel était ce péché ? C’était essentiellement l’idolâtrie et l’orgueil. L’idolâtrie brouille le regard : il fait prendre pour Dieu lui-même la créature. Et l’orgueil isole dans la domination. Le véritable prophète se reconnait dans la responsabilité qu’il veut porter devant Dieu lui-même, de se pencher sur les justes comme sur les injustes, de se préoccuper du frère, où qu’il se trouve. De ne pas craindre d’aimer jusqu’au bout au point que le frère injuste ne restera jamais quelqu’un qui indifférera, mais, comme dira beaucoup plus tard saint Paul, « ce frère pour qui le Christ est mort ».

C’est pourquoi le prophète Ezéchiel comprend que sa responsabilité n’est pas de dénoncer de haut la méchanceté, mais d’aller trouver le méchant, et c’est tout autre chose. Pourquoi ? Parce que la dénonciation publique éloigne de la réconciliation ; et le chemin vers le frère pour le retrouver ouvre à la joie de Dieu. Le prophète lui-même est uni par le même sang sauveur que celui du frère perdu. La mort du méchant qui n’a pas été rejoint par le témoin du Dieu de Miséricorde, c’est la mort du prophète lui-même. On te demandera compte du sang de ce frère que tu n’auras pas rejoint dans la vérité et la bonté. Si nous sommes saisis par le feu de l’amour divin, plus jamais désormais aucun être humain ne nous sera indifférent, serait-il enfoncé dans la plus noire méchanceté. Il sera un frère à « gagner », pour la vie du Royaume à venir.

Ezéchiel était un homme rugueux et sans complexes, qui tranchait sans hésitation. Dieu a en fait un témoin indispensable pour veiller sur son peuple. Simon-Pierre n’était pas non plus un tendre, ni quelqu’un qui doutait de lui-même, surtout au début de son entrée dans la communauté des disciples de Jésus. Et c’est à lui que Jésus a confié les clés du Royaume des cieux. « Ce que tu auras lié sur la terre... » Simon-Pierre reçoit cette responsabilité en vue du salut, et c’est pour que tous la reçoivent aussi avec lui. C’est bel et bien à l’ensemble des disciples aussi que cette parole est adressée : « tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans le ciel... »

En appelant à être avec lui des hommes ordinaires, Jésus a voulu les faire participer intimement à sa mission. Il a voulu édifier sur la foi de l’un d’entre eux le fondement d’unité de son Eglise jusqu’à la fin des temps. Et ce qu’il a confié à Pierre, c’est pour que tous y participent. Nous ne formons pas l’Eglise à partir de nos idées, ou de nos préférences liées à nos expériences spirituelles, nous sommes formés, par participation à l’unique mission du Christ Jésus, à être son Eglise aujourd’hui, appuyés les uns sur les autres humblement. Et cela est à la fois profondément humain et profondément divin, tout comme dans le Christ, l’homme et Dieu sont unis avec amour dans une seule et même personne.

C’est dans la belle conscience d’être appelés par pure grâce de Dieu à être l’Eglise de Son Fils aujourd’hui, ici en Saône-et-Loire, que nous voulons dans cette eucharistie, remettre dans l’action de grâce du Christ nos travaux de cette avant dernière assemblée synodale. Et nous voulons nous offrir dans l’action de grâce du Christ, nous voulons nous unir à son mystère de mort et de résurrection. La prière que nous avions faite au début de notre synode diocésain, nous pouvons encore, ce soir, en redire quelques expressions :
« Seigneur de Tendresse et de pardon, voici ton Eglise en Saône-et-Loire,
Qui veut t’écouter et te suivre joyeusement,44 MESSE
Qui veut aimer davantage tous les hommes de Saône-et-Loire.
Tu aimes l’Eglise et tu t’es livré pour elle...
Ouvre-nous à la joie du Serviteur,
Qui œuvre avec bonheur au respect des plus faibles,
Qui écoute les signes des temps sur nos terres bourguignonnes,
Et qui offre en prière quotidienne ce qu’il reçoit. »

« Si ton frère a commis un péché contre toi, va lui faire des reproches seul à seul... »
Comme c’est beau, cela, et tellement meilleur que la dénonciation publique à la cantonade...
Cantonade, c’est presque pareil que canonnade !

Il nous arrive hélas, sans souvent même nous en rendre compte, de donner plus facilement des leçons aux autres, que nous n’acceptons d’en recevoir. Mais précisément, dans ces lectures du 23ème dimanche, il ne s’agit pas du tout de faire la leçon à qui que ce soit. Il s’agit bien plutôt de nous demander : suis-je conscient de ma responsabilité comme membre du Christ lui-même ? Ma vie reflète-t-elle cette appartenance au Christ ? Est-ce que j’accorde avec empressement mon indulgence à celui qui pèche contre moi ? Notre hâte devient celle d’un compagnon allant vers son compagnon, et non pas celle d’un offusqué qui prend tout le monde à témoin qu’il a été offensé. Un ancien chalonnais, Saint Césaire d’Arles, parle de deux sortes d’aumône qu’il nous faut pratiquer : « celle qui fait donner du pain à ceux qui ont faim, et celle d’accorder notre indulgence à ceux qui pèchent contre nous. » Saint Césaire va loin, avec des accents prophétiques qui nous rappellent Ezéchiel : « si tu négliges ce commandement du Seigneur (d’accorder ta parole et ton indulgence en allant voir le frère coupable seul à seul, pour ne pas lui faire honte devant les autres), si tu ne fais pas cela (en méprisant ton frère, et en le tenant éloigné de toi sous prétexte qu’il t’a offensé), tu es plus mauvais que ton adversaire : car lui, il t’a fait du tort, et en te faisant du tort, il s’est blessé lui-même, gravement. Tu négliges la blessure de ton frère ? Tu vois qu’il meurt ou qu’il va mourir, et tu ne bouges pas ? Tu es pire en te taisant que lui en t’offensant. »

Peut-être pouvons-nous – et j’en finirai par là – retrouver dans des expériences comme celles d’un synode diocésain, une réconciliation à laquelle nous n’avions pas songé : la réconciliation avec nous-mêmes et avec l’histoire de notre diocèse ; notre découverte émerveillée que nous sommes du coup bien plus frère et sœur avec les autres que nous ne l’imaginions.

+ Benoît RIVIERE





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Homélie pour l’ordination diaconale de David BONNETAIN
Le dimanche 3 septembre 2017 en l’église de Varennes le Grand

LE COMMENCEMENT D’UN SERVICE QUI UNIT A JESUS
(Sur l’évangile du jour, Mt 16, 21-27)

Chers frères et sœurs,

L’ordination d’un nouveau diacre marque un commencement. Quelque chose de l’ordre de l’initiative de Dieu survient pour l’Eglise tout entière, lorsque l’un des baptisés reçoit l’imposition des mains. Dans ce geste liturgique très ancien et toujours actuel, qui ordonne David à la fonction de diacre, c’est nous tous, et lui bien évidemment, qui accueillons quelque chose que Dieu donne, pour le bénéfice de tous et à commencer par les plus nécessiteux. Ce qui a eu lieu à Jérusalem dans les débuts de l’Eglise, cela a lieu aujourd’hui pour l’Eglise qui vit son pèlerinage sur la terre, ici en Saône-et-Loire. La prière diaconale l’exprime ainsi : les apôtres de Jésus choisissent sous l’action de l’Esprit-Saint des hommes estimés de tous, qui les aideront dans le service quotidien. David devient diacre pour cette aide au service quotidien exercé par les apôtres, c'est-à-dire la prière, l’annonce du mystère du Christ et l’humble répartition des choses nécessaires à la vie des personnes démunies, répartitions que les actes des apôtres appellent « le service des tables ».

Que lisons-nous dans l’évangile d’aujourd’hui ? Et à quel changement de vie sommes-nous conduits ? Nous lisons qu’après avoir proclamé le premier, au nom des autres, que Jésus est vraiment le Christ, le Fils du Dieu vivant, Pierre et les autres sont entraînés par Jésus dans un itinéraire de vie sans retour en arrière. Et cet itinéraire est tout sauf un voyage d’agrément destination Club Med ! « Il faut partir pour Jérusalem, souffrir beaucoup, être tué, et le troisième jour ressusciter ! » Il s’agit ni plus ni moins de donner entièrement sa vie, sans se récupérer... perdre sa vie, dit Jésus, à cause de Lui, et trouver alors la vie véritable. C’est quelque chose que nous ne pouvons pas envisager du seul point de vue humain naturellement, en nous accrochant à nos idées et à nos conforts personnels ; mais c’est quelque chose qui est donné par Dieu à l’Eglise, de communier intimement à la mort et à la résurrection de Jésus par amour pour tous les hommes, à commencer par les plus démunis et les plus éloignés.
ui, comme Pierre et les autres, nous-mêmes aujourd’hui, disciples du Christ par grâce et par appel de Dieu, nous sommes entraînés dans un nouveau commencement : nous ne partons plus de nous-mêmes, en nous faisant le centre des autres et de nos préoccupations. Nous passons au contraire vers la suite d’un autre que nous-mêmes, le Christ, qui sera toujours parmi nous dans les démunis et les petits de ce monde. Nous quittons l’auto-centrement, pour suivre entièrement le Christ, qui nous entraîne à sa suite là où nous n’aurions pas voulu aller.
Cher David, chers frères et sœurs, les disciples qui avaient commencé à suivre Jésus aimaient l’entendre et étaient saisis d’admiration par ses gestes qui guérissaient les malades ; et à un moment de cette fréquentation de Jésus, il leur a été montré qu’il leur fallait non seulement voir et écouter, mais être transformés eux-mêmes, pour que leur vie devienne entièrement une vie de don et de service avec Jésus.

Servir, c’est être véritablement en mouvement dans les pas de Jésus, derrière lui qui ouvre la route. Ce n’est pas seulement faire quelques bonnes actions qui satisfont notre conscience et gagnent l’admiration de la galerie, c’est changer de centre, c’est changer de boussole intérieure : c’est suivre l’esprit de douceur et de force que Dieu donne aux cœurs simples et droits. Et il n’est pas de situation, heureuse ou douloureuse, dans laquelle cet esprit ne puisse être répandu.

Pierre s’est offusqué de ce programme, et il s’est élancé à un moment en voulant protéger son maître, lui dire que ce n’était pas possible de marcher ainsi vers le lieu de la souffrance de la croix. Pierre s’est peut-être surpris lui-même, en se faisant (généreusement pensait-il) le défenseur et le porte-parole de Dieu, rien de moins : « Dieu t’en préserve », a-t-il dit à Jésus ! « J’ai, moi, Pierre, une vision plus soft de la destinée du Christ ! Et je m’autorise à me mettre en avant pour te protéger. »

En pensant les choses de cette manière, Pierre était un obstacle et un adversaire pour l’évangile. Jésus le lui a signifié très nettement. Il quittait la place du disciple à l’école du Christ pour prendre la première place, valorisante, celle de celui qui sait et qui veut protéger. Il devenait Satan, au lieu de demeurer disciple. Dans une homélie, Saint Augustin avait bien fait comprendre cela : « Parce que le Seigneur parlait de sa Passion future, Pierre voulut barrer le chemin du Seigneur : il voulut lui donner un conseil, comme pour le sauver – un malade, conseillant son médecin ! Et que dit-il au Seigneur ? « Loin de toi, Seigneur. Cela ne sera pas ! » Il voulait marcher devant et que le Seigneur suive. Mais que dit le Seigneur ? – « Passe derrière moi, adversaire ! » En marchant devant, tu m’es un adversaire ; en me suivant, tu seras un disciple. »

Ainsi pouvons-nous reconnaître quel est le feu intérieur qui nous brûle le cœur, au point de nous faire aimer comme Jésus, dans la douceur et l’humilité, renonçant à nous-mêmes, pour n’être pas un obstacle à la marche de l’évangile. Quittons franchement les apparences, pour devenir vraiment serviteur et disciple, avec Jésus, et non pas seulement devant ! Demandons de savoir discerner toujours entre la posture de l’adversaire et la place du disciple serviteur et n’abandonnons pas la route ; elle devient la route pascale, celle du mystère de mort de résurrection avec le Christ.

+ Benoît RIVIERE



Homélie de l’ordination de Pierre DHAUSSY
Dimanche 25 juin 2017 en la cathédrale Saint Vincent à Mâcon

Chers frères et sœurs,

Tout récemment, le pape François a donné quelques conseils forts précieux à l’attention de ceux qui débutent leur vie de prêtres dans l’Eglise. Ces conseils évidemment sont précieux pour Pierre qui devient prêtre aujourd’hui, mais ils sont précieux aussi pour nous tous, quelque soit notre fonction dans l’Eglise :
- C’est le conseil de prier sans se lasser,
- C’est le conseil de marcher toujours,
- Et c’est le conseil de partager avec le cœur.

L’apôtre Pierre a un jour supplié le Seigneur de le sauver de la noyade totale, et le Seigneur lui a saisi la main pour l’empêcher de périr. Il a pu devenir l’apôtre sur lequel les autres se sont appuyés, parce qu’il est resté le disciple que le Seigneur relève par sa force et sa tendresse. Le pécheur d’hommes est d’abord et toujours quelqu’un qui éprouve qu’il est « repêché» par la tendresse du Seigneur.

Nous lisons aujourd’hui dans les actes des Apôtres que Pierre était emprisonné par Hérode. Et nous lisons que « l’Eglise priait Dieu pour lui avec insistance. » Cher Pierre, et chers frères et sœurs, nous sommes portés véritablement par la tendresse et la force de la prière de l’Eglise. Quand nous éprouvons des difficultés, ne restons pas isolés à nous lamenter, mais éprouvons plutôt le réconfort de la prière de l’Eglise. L’insistance de la prière de l’Eglise soutient notre faiblesse et nous arrache à nos peurs. « Pierre, lève-toi vite, lui dit l’ange, mets ta ceinture et chausse tes sandales... »

L’ange qui a fait sauter les verrous de la prison d’Hérode, c’est l’ange de l’Eucharistie qui nous fait passer des ténèbres à l’admirable lumière de la foi et de la charité. Voici à quoi nous sommes appelés : vivre avec le Christ qui libère, dans la belle communion de toute l’Eglise, marcher dans la force de l’Esprit-Saint, et visiter ceux qui attendent de recevoir la paix et le salut que Dieu donne. La prière de l’Eglise, c’est ce que nous éprouvons à chaque fois que nous sommes réunis comme aujourd’hui pour l’Eucharistie, c’est ce que nous éprouvons chaque fois que nous quittons notre auto-centrement pour écouter ce que l’Esprit-Saint chante, et pour voir ce que l’Esprit-Saint montre. « Notre vocation, dit le pape François, a commencé quand, ayant abandonné la terre de notre individualisme et de nos projets personnels, nous nous sommes mis en route pour le « saint voyage », en nous remettant entièrement à cet Amour qui nous a cherché dans la nuit. »

Pierre, en te mettant en route pour servir comme prêtre le peuple sacerdotal, et annoncer avec lui l’évangile à tous, tu fais et tu feras l’expérience du priant qui dit dans le psaume : « je cherche le Seigneur, il me répond ; il me délivre de toutes mes angoisses ». Et avec l’Eglise en prière et en pèlerinage sur la terre, tu pourras dire du fond du cœur : « j’ai goûté, j’ai vu, combien le Seigneur est bon ! Heureux celui qui trouve en lui son refuge. » Dans la célébration de la prière et des sacrements, c’est comme si le vase de parfum se brisait pour laisser se répandre le souffle recréateur et pacifiant de l’Esprit-Saint. Les sacrements du salut répandent la joie et l’odeur de la délivrance. Paul, dans la deuxième lecture de cette messe d’ordination, dit : « j’ai été arraché à la gueule du lion ; le Seigneur m’arrachera encore à tout ce qu’on fait pour me suivre. Il me sauvera et me fera entrer dans son Royaume céleste. »

Ce Royaume, c’est Jésus lui-même, que nous ne rencontrons pas dans un ailleurs imaginaire. Quand il a introduit ces apôtres dans une nouvelle relation avec lui, c’est au carrefour des nations du monde, qu’il leur a demandé : « pour vous qui suis-je ? ». Et, il leur a ouvert l’esprit à une écoute profonde des meilleures attentes humaines : « au dire des autres, qui est le fils de l’homme ? » C’est à ce carrefour que le Christ continue de nous attirer pour le connaître, l’aimer et le suivre dans l’annonce du Royaume de Dieu. A la question posée par Jésus, Pierre prend la parole au nom de tous, et il dit ce que l’Esprit-Saint lui montre. Et nous pouvons dire : «en toi, Seigneur Jésus, est la plénitude de la divinité, en toi, Seigneur Jésus, se trouvent le salut et la joie, en toi est la source de la vie, par ta lumière nous voyons la lumière, en toi est le réconfort des pauvres et des pécheurs, en toi est notre vie et notre espérance. »

Nous demandons la grâce de savoir toujours partager avec le cœur, et non pas ériger des barrières de plus ; nous demandons la grâce de recevoir la force et la tendresse de Dieu, et non de discourir de loin sur les malheurs du temps. Quel bonheur de nous laisser recréer par la joie du Christ chaque jour grandissante !

+ Benoît RIVIERE



HOMELIE DE LA MESSE CHRISMALEMGR 2017 04
LE MARDI 11 AVRIL 2017
« Le Seigneur m’a consacré et envoyé »

En ce moment de la vie de notre pays, nous pouvons nous interroger :
A quoi bon le progrès des techniques de communication, quand nous éprouvons douloureusement que nous ne parvenons pas à être au meilleur de nous-mêmes ? Reconnaissons-le : nous ne parvenons pas toujours à nous écouter avec bienveillance les uns les autres. L’histoire de notre pays a-t-elle un avenir ? Quelle sera la porte qui nous fera entrevoir un avenir, en tant que nation, dans le concert des nations du monde ? Dans le fond, nous sommes inquiets de bien des manières, et nous cherchons ce qui apportera à notre société un peu d’espérance et de bon levain, pour qu’elle ne se désagrège pas dans l’insignifiance, le cynisme et finalement la violence.

Notre pays n’a pas seulement besoin d’un peu d’huile dans son moteur, mais d’un ressaisissement plus profond. Les disciples du Christ ont une mission à remplir.
Mes frères, mes sœurs, comme le dit l’auteur de la lettre aux Hébreux : « rejetons ce qui nous alourdit, et le péché qui sait si bien nous entraver, et courons avec endurance l’épreuve qui nous est proposée, les regards fixés sur celui qui est l’initiateur de la foi et qui la mène à sa perfection, Jésus... Oui, pensez à lui qui a enduré de la part des pécheurs une telle opposition contre lui, afin de ne pas vous laisser accabler par le découragement» (He 12, 1-3).

Ne pas nous laisser aller au découragement, c’est bien d’actualité, tant nous souffrons des vents contraires et violents qui nous détournent de l’amitié avec Dieu.

Aussi est-il bon d’être ressaisis ce soir dans cette messe chrismale par l’esprit de Jésus, lui qui envoie dans le monde pour aider à la naissance, pour arracher aux tombeaux, pour soulager les cœurs et les corps meurtris, pour fortifier ceux qui chancellent, pour pardonner les péchés, pour faire goûter et connaître la vérité qui rend libre.

Comme pour le serviteur de Dieu annoncé par le prophète Isaïe, l’Eglise, une dans le cœur de Dieu, peut entendre elle-même : « L’esprit du Seigneur Dieu est sur moi, parce qu’il m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé consoler tous ceux qui sont en deuil, mettre sur eux l’huile de joie au lieu du deuil, un habit de fête au lieu d’un esprit abattu » (Is 61, 1-3a). Et le verset qui suit exprime à merveille le caractère propre de ce peuple consacré : « vous serez appelés « prêtres du Seigneur ». On vous dira « servants de Dieu ».

Ce soir, nous éprouvons avec bonheur la force de cette consécration qui est inséparablement un nouvel envoi dans le monde. Il m’a consacré et envoyé, peut dire avec action de grâce le Christ à son Père, et nous pouvons le dire avec lui et en lui.

Au cours de cette célébration, nous prions pour toutes les personnes en train de renaître à la vie véritable en se préparant au baptême, nous prions pour les baptisés qui seront marqués de l’onction au jour de la confirmation et qui seront ainsi davantage plongés dans la joie du Christ, l’envoyé du Père dans le monde. Nous prions pour les malades et les personnes âgés qui ont tant besoin du réconfort de l’Eglise. Nous prions pour les séminaristes qui sont parmi nous et pour tous les séminaristes.

Devenir prêtre au service d’un peuple consacré à Dieu et envoyé par Dieu pour aimer, pour servir, pour donner gratuitement les dons reçus gratuitement, n’est-ce pas aujourd’hui un signe lumineux de la vérité que Dieu nous montre ? Tu n’es pas abandonné à la seule subjectivité mondaine, tu n’es pas destiné à la solitude mortifère, tu n’as pas pour vocation de juger continuellement les autres en les condamnant dans ta conscience, tu as reçu un esprit de fils adoptif de Dieu dans le Christ Jésus, et tu es créé et sauvé par grâce.

Dans un moment, ceux qui ont reçu l’imposition des mains et l’onction pour être les serviteurs du peuple saint, dans la fonction de prêtres, nos frères prêtres ici présents, vont se replonger dans le grand oui de leur ordination sacerdotale. Aussi est-il bon de nous replonger dans la foi, sans laquelle disparaît la raison divine de le servir. Le Concile Vatican II nous le redit avec vigueur : « Pris du milieu des hommes et établis en faveur des hommes, dans leurs relations avec Dieu, afin d’offrir des dons et des sacrifices pour les péchés, les prêtres vivent avec les autres hommes comme avec des frères. C’est ce qu’a fait le Seigneur Jésus : Fils de Dieu, homme envoyé aux hommes par le Père, il a demeuré parmi nous et il a voulu devenir en tout semblable à ses frères, à l’exception cependant du péché» (presbyterorum ordinis n°3). En parlant ainsi de la condition des prêtres dans le monde, les pères du Concile Vatican II ont voulu les soutenir efficacement dans leur service, et mieux s’intéresser à leur vie.

La concélébration de la messe chrismale, de manière visible et tangible, montre non seulement bien sûr l’union des prêtres entre eux et avec le peuple de Dieu, mais elle montre l’unité de leur consécration et de leur mission. Cette unité de leur consécration et de leur mission se trouve dans le Christ Jésus. La célébration de la messe chrismale donne à tout le peuple de Dieu de rendre grâce visiblement ensemble. Elle nous donne de rendre grâce, de nous offrir entièrement dans le don de nous-mêmes en réponse au don que le Seigneur Jésus a fait de lui-même jusqu’à la fin.

+ Benoît RIVIERE



Homélie Messe de rentrée du personnel
Ensemble Charles Borromée - Chalon sur Saône
Le 31 août 2016

Dans le passage de l’évangile selon Saint Luc que nous entendons ce matin, nous voyons Jésus en train de faire son travail. Et quel est son travail ? C’est un travail qui apporte aux autres la guérison. C’est un travail qui rétablit les autres dans la vie, qui remet chacun dans le mouvement de la vie. C’est un travail entièrement relationnel. C’est un travail qui comporte également la patience et qui offre son temps à ceux qui le sollicitent.

Le travail de Jésus éclaire notre propre travail d’adultes dans un établissement scolaire. En quoi ?
Vous passez toute la journée (et quelques fois les heures très matinales ou tardives de la soirée !) avec et pour des jeunes qui connaissent chacun des attentes fort différentes : l’un attend d’être calmé de ses angoisses et de ses fièvres, l’autre attend d’être encouragé à exprimer ses possibilités humaines enfouies, un troisième attend d’être libéré de ses démons intérieurs pour pouvoir entrer en relation normale avec les autres...
Certains pourront dire : « mais cela n’est pas notre travail, c’est celui des médecins, des psychologues et en premier lieu celui des parents. » Je dirais qu’un enseignant qui veut vivre dans l’esprit de Jésus, c'est-à-dire dans le chemin de l’Evangile, va faire son métier avec les mêmes sentiments que l’on trouve en Jésus.
Quand on a demandé à Jésus de venir prendre du temps près d’une femme en train de mourir, quand n lui amenait des gens blessés et malades, au corporel et au spirituel, quand il devait se confronter aux personnes prises par un fort sentiment d’être rejeté par les autres, il n’a pas dit : « je n’ai rien à voir avec ces choses. Je suis d’abord là pour enseigner la Bonne Nouvelle ! » Mais il a transmis cette bonne nouvelle par sa présence aimante et par ses mains qui n’ont pas eu peur de toucher les blessures et de retirer les saletés qui abimaient le corps et l’âme de tant de gens.

Le travail d’une école ouverte à tous, c’est un travail de miséricorde, un travail qui est le plus souvent discret, caché aux yeux du grand public. C’est un travail où l’on se met à hauteur des petits pour les servir, c’est un travail qui comporte toujours et inséparablement trois « dimensions », ou trois « langages » si l’on veut :
- Le langage des mains pour rejoindre concrètement les besoins humains, pour porter les jeunes et passer du temps à les accueillir et les accueillir à nouveau tous les jours, avec leurs fragilités et avec leurs blessures. Et ce travail est fatigant, oui, il demande que nous donnions toujours notre disponibilité et notre patience. Car nous avons cette certitude : Dieu sauve en humanisant ce qui était en train de mourir. Dieu sauve en apportant sa joie et son pardon, toujours, partout et sans limite ! C’est aussi ce langage des mains qui nous fait préparer et conduire des actions concrètes avec les jeunes à l’intérieur et à l’extérieur de l’école : la visite des personnes isolées, le contact avec les malades, le soutien scolaire, l’organisation de voyages et d’activités ludiques. C’est ce que nous pouvons appeler la dimension corporelle.
- Il y a ensuite le langage du cœur. C’est celui par lequel le jeune se sent reconnu et surtout reconnu dans une lumière d’espérance, et non pas la lumière du radar qui le flashe quand il dépasse les limites. C’est le langage de l’écoute active qui fait qu’un jeune se dira : je n’avais plus confiance en moi, ni en Dieu, ni dans mes parents, et grâce à ce cœur d’un enseignant, d’un cadre éducatif, d’un personnel OGEC, à la cantine ou dans la cour de récré, je suis relevé, je suis de nouveau en confiance, je peux remarcher comme cette femme en qui Jésus s’était penché dans la maison de Simon-Pierre.
- Et enfin, le langage de l’esprit. On pense tellement à celui là qu’on en oublie les deux autres, ou bien qu’on les délègue. Non ! Tout adulte dans l’école doit être un homme ou une femme capable de parler ces trois langages avec les jeunes.

Pour cela, nous devons demander la patience, nous devons demander la grâce aussi de connaître nous-mêmes ce que veut dire d’être en chemin de paix et de réconciliation.

+ Benoît RIVIERE

 


« Simon, j’ai quelque chose à te dire »EVEQUE DIMANCHE HOMELIE
(Lc 7, 36-50)
Homélie du dimanche 12 juin 2016
Lors de l’Assemblée synodale

 



L’évangile du repas chez Simon nous introduit dans les sentiments profonds de Jésus, et il nous pose aussi cette simple question : voulons-nous aimer davantage ou bien non ?

Deux figures opposées sont mises en lumière ici, la figure de celui qui invite Jésus à sa table, et la figure d’une femme qui s’invite elle-même, pour être présente là où plusieurs auraient préféré ne pas la voir. Il n’est pas difficile pour nous de comprendre les sentiments de Simon devant Jésus se laissant toucher par une femme de mauvaise vie – je dis de mauvaise vie pour dire pécheresse, c’est la même chose. Simon se dit en lui-même : Jésus n’est pas le maître de vérité que certains imaginent, puisqu’il semble ignorer qui est cette femme. Il ne la repousse pas. Il ne lui fait pas publiquement le reproche que sa vie est marquée par le péché. Il reçoit même ses larmes, et il reçoit ses larmes qui sont accompagnées par un geste qui engage toute la féminité de cette femme, c'est-à-dire qu’elle essuie les pieds de Jésus avec ses cheveux.

Quels sont les sentiments de Jésus vis-à-vis de cette femme ? Elle s’est imposée, sans avoir été invitée, elle est une intruse, elle ne cadre pas avec la haute idée que certains se faisaient de la table de Jésus, ou plus exactement de ce qui est convenable, et de ce qui ne l’est pas quand on est dans la maison d’un observant strict de la loi : la maison de Simon.

Les sentiments de Jésus vis-à-vis de la femme pécheresse et humble, nous y communions lorsque nous reconnaissons en elle une figure de l’Eglise. C’est nous qui étions perdus, hors de la convivialité dans la maison des justes, c’est nous qui avions tué l’amour par nos actes de mensonge et de dissimilation, nos actes qui dénaturaient la beauté de la dignité de l’homme et de la femme créés à l’image de Dieu. Et cette femme ne vient pas pour condamner, elle ne vient pas en faisant des discours, elle pleure, et elle vient chercher Dieu qui seul est source de pardon et de consolation sans limite. Elle est l’image de l’Eglise qui supplie pour elle-même et pour tous les pécheurs du monde. Elle a aimé mal, et elle aime tant le Christ, lui qui est capable de comprendre jusqu’au soupir caché de celui qui n’en peut plus. Elle pressent que seul le Christ l’aimera vraiment. Jésus est saisi d’une immense miséricorde envers elle. A son contact, la femme est entièrement purifiée, elle retrouve sa dignité.

Et quels sont les sentiments de Jésus vis-à-vis de Simon ? Jésus est invité à la table des justes et des injustes, à la table des gens qui réussissent leur vie et à la table des gens qui réussissent mal leur vie. Il accepte ici l’invitation chez Simon, pharisien zélé dan l’observance de la loi. Il est le vivant qui vivifie. Il met sa joie à être à la table des uns et des autres en communiant à la grâce d’écouter ce que l’Esprit-Saint montrera. Et c’est pourquoi, vis-à-vis de l’orgueilleux Simon, Jésus n’a pas le cœur fermé. En lui, Jésus, les flots d’amour miséricordieux coulent pour Simon autant que pour la femme pécheresse.

Mes frères et mes sœurs, entendons l’amour de Jésus pour Simon. Entendons-le chercher l’homme qui ne se savait pas perdu et qui l’était autant, et peut-être plus, que la femme pécheresse. « Simon ! ». Jésus ne l’appelle pas : « espèce de grand orgueilleux ! » Non ! Il l’appelle avec tendresse, et avec un infini amour envers l’homme de la loi qui, sans le savoir encore, a soif surtout de la grâce qui ne vient pas des mérites. Alors il a envers le cœur dur et sûr de lui de Simon, les mots d’une infinie tendresse, ceux que l’on dit à l’être aimé : « Simon... j’ai quelque chose qui est pour toi, vraiment pour toi. Tu te crispais sur la loi et je te murmure la grâce. Tu pensais à ce que tu allais dire pour te justifier et tu peux à présent entrer dans le beau silence de l’amour qui écoute une parole pour chacun, et pour toi en particulier : Simon ! J’ai quelque chose à te dire ! »

Désirons imiter l’humilité de la femme repentante et aimante à qui le Seigneur donne d’entendre la grâce du pardon, et désirons que notre cœur orgueilleux soit brisé par la toute puissance de la délicatesse divine.

Au cours de cette session de l’assemblée synodale, nous voulons seulement progresser, appuyés les uns sur les autres, dans l’amour. Nous voulons aimer avec la grâce et les sentiments du Christ, lui le Sauveur de son corps qui est l’Eglise.

+ Benoît RIVIERE


Ordinations de 3 diacres permanents

DIACRES 3
Dimanche 28 juin 2015 en la cathédrale Saint Lazare d’Autun

Monsieur Jean-Claude LYONNE;
Monsieur Jean-François BROCHOT;
Monsieur Jean-Louis HIVERNAT

ont été ordonnés diacres permanents.

En cette belle après-midi de début d’été, avec vous Jean-Claude, Jean-François et Jean-Louis, et avec vous tous qui êtes présents ici, regardons Jésus.
Regardons-le et écoutons-le à travers ce passage de l’Evangile selon Saint Marc que l’Eglise a choisi pour ce dimanche. Voici trois points de méditation auxquels nous allons réfléchir simplement :

1- Jésus n’a pas d’autre programme personnel, sinon celui de servir à plein-temps. Il se montre à nous comme serviteur intégral.
2- Jésus guérit des personnes singulières, une par une, et non pas en masse grosso-modo. Non ! Il guérit personnellement, s’appuyant sur la foi qu’il met à jour, car la foi met en relation avec les autres.
3- Jésus ne veut pas de publicité autour de ses actions. Il est l’amoureux du cœur à cœur avec Dieu, l’amoureux de la prière et de la discrétion.

Nous trouvons bel et bien dans le Christ Jésus, le vrai serviteur qui guérit, et qui introduit dans la Paix. C’est lui que l’Eglise veut suivre partout et toujours. C’est par Lui que vous recevez aujourd’hui, Jean-Claude, Jean-François et Jean-Louis, la mission diaconale.
C’est aussi par Lui que l’Eglise accueille trois nouveaux ministres ordonnés aujourd’hui.
Regardons-le et écoutons-le.

1- « Une grande foule s’assembla autour de Jésus. Arrive un des chefs de synagogue qui supplie instamment Jésus de venir guérir son enfant. Et Jésus partit avec lui et la foule le suivit. »

Il est le serviteur en profondeur, et non pas le serviteur du superficiel. Quand débarque en pleine catéchèse un homme qui a vraiment une attente profonde et sincère, Jésus se met en mouvement, à neuf comme toujours avec lui, pour suivre cet homme vrai et croyant. Il n’est pas accroché à un programme inscrit dans le marbre, mais au souffle de l’Esprit de son Père, il ne se considère pas dérangé par les sollicitations ; seuls les gens autocentrés sont dérangés ! Et non seulement il se déplace vers la maison de Jaïre qui a besoin de salut, mais en chemin, il va se laisser encore rejoindre par une femme qui souffre depuis longtemps d’un mauvais rapport à la vie. Et il ne va pas seulement la guérir à la sauvette, il va, bien mieux, demander à la voir et à lui parler ; cette humble femme ne voulait pas déranger, et ne voulait pas être vue. Elle ignorait encore qu’on ne dérange jamais le Seigneur, qui est vraiment en tout et toujours le serviteur fidèle. Elle ignorait la joie du Seigneur de nous partager son amitié, et l’amitié est toujours dans la lumière et non dans la dérobade.

Voici donc un premier appui pour votre mission de diacres, Jean-Claude, Jean-François et Jean-Louis : ne vous considérez pas comme propriétaires de votre mission. Ne dites pas toujours « je » comme disent certains propriétaires, mais dites toujours le « nous » humble et joyeux des serviteurs. Ne partez pas de vous-mêmes pour exercer votre service, partez de ce qui vous sera demandé, partez du Christ Jésus. Il vous fait signe dans le visage des petits et des blessés de la vie. Donnez votre temps pour eux en premier. Donnez votre disponibilité, non pas à contrecœur, mais avec le cœur en fête, comme dit le psaume de la liturgie de ce dimanche. Et pourquoi votre cœur pourra-t-il être toujours en fête ? Ecoutez bien le psaume : « que mon cœur ne se taise pas, qu’il soit en fête pour toi, et que sans fin, Seigneur mon Dieu, je te rende grâce ». La rumeur intérieure de votre cœur sera la louange de Dieu, car en elle, vous porterez les cris et les espoirs du monde. Dieu aime celui qui donne en étant détaché de lui-même, et donc en riant, capable de recevoir et de communiquer la joie reçue d’en haut, celle que Jésus nous donne en abondance, sa joie d’être aimé éternellement et envoyé pour une mission en faveur de tous les hommes. Soyez des diacres qui donnez toujours, avec au cœur une joie très pure.

2- Jésus est donc le serviteur intégral et à plein temps de la joie divine qui relève, qui communique la vraie paix, et qui guérit, en manifestant la foi : « Ma fille, dit-il à la femme hémorroïsse, ta foi t’as sauvée ! Et auprès de la fillette qui était morte, il se met à l’écart de l’agitation, et il ressuscite en elle la vie : « Jeune fille, je te dis : lève-toi ! »
Jésus relève et guérit par sa présence, et il continue cette action de salut et de guérison dans les sacrements de l’Eglise. C’est pourquoi, le catéchisme de l’Eglise catholique commence la grande partie sur les sacrements par l’image de la femme qui perd son sang, et qui vient toucher le vêtement de Jésus par derrière. Le retournement de Jésus vers cette femme, c’est le même retournement qui nous saisit, nous guérit et nous envoi, en chaque célébration sacramentelle.

Chers amis qui recevez aujourd’hui l’ordination diaconale, soyez serviteurs de l’Eucharistie et des autres sacrements ; en eux, Dieu poursuit son action de salut, qui pacifie en profondeur et qui guérit le monde.

3- Et voici le dernier point de notre méditation de l’évangile d’aujourd’hui. Nous sommes étonnés par une autre chose, c’est la discrétion de Jésus. « Jésus leur ordonna fermement de ne le faire connaître à personne. » Voilà encore la belle marque du service. Voilà la marque de Marie, la servante du Seigneur. Jésus ne veut pas que l’on se répande en paroles autour de ce qui vient de se passer dans la résurrection de la fille de Jaïre. Nous garderons cette discrétion en nous replongeant souvent dans la prière confiante. Lorsque nous prions dans l’unité de l’Eglise, nous accueillons et cultivons sur cette terre le beau silence d’écoute, et la belle réponse de l’ami et du frère : Me voici ! C’est le sens de l’engagement que prennent les diacres dans la célébration quotidienne de la prière des heures.

Jean-Claude, Jean-François et Jean-Louis, soyez serviteurs avec le Christ, soyez diacres des petits et des blessés de la vie, avec la discrétion et l’humilité qui ont leur source en Dieu ; ne cherchez pas à ce que l’on parle de vous et de ce que vous direz et ferez. Le Christ n’a pas voulu ramener les choses à lui, il veut encore et toujours nous faire passer

de l’égoïsme à la communauté,
de la tristesse à la joie,
de la mort à la vie,
du péché à la grâce,
de l’isolement à la fraternité,
et d’une terre de larmes à la terre d’éternelle consolation.

+ Benoît RIVIERE

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