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Recevez l'Evangile du Christ

Editorial - Eglise d'Autun N° 16 du 6 octobre 2017


L’Evangile, que l’Eglise doit annoncer partout et toujours, est un don qu’elle reçoit. Elle n’est pas propriétaire de la Révélation de Dieu en Jésus Christ. Elle en est, comme Marie, l’humble et joyeuse servante. Elle le reçoit sans cesse avec joie et empressement. Le samedi 21 octobre, dans le lieu si vénérable du martyre de saint Marcel près de Chalon, Tony MONTESIN reçoit l’imposition des mains qui fait de lui un homme consacré à la « diaconie » de l’Eglise. Et en prenant le livre des évangiles que lui tend l’Evêque, le nouveau diacre entend ceci : « recevez l’Evangile de Dieu, que vous avez la mission d’annoncer. Soyez attentif à croire à la Parole que vous lirez, à enseigner ce que vous avez cru, à vivre ce que vous aurez enseigné. »

Ces mots sont riches d’une profonde signification : le diacre n’est pas chargé de dire ce que les autres auraient à vivre ; le Christ lui-même n’est pas venu « faire la morale » au monde, encore moins le juger ; il est venu l’aimer jusqu’à donner sa vie, et le sauver par cet amour éternellement reçu du Père. Le diacre reçoit d’entrer dans cette attention amoureuse envers le Christ, la Parole vivante de Dieu ; il reçoit de croire, et d’enseigner ce qu’il croit, sans jamais oublier de se reprendre lui-même constamment pour vivre de cette Foi crue et enseignée.

Dans la prière qui suit la communion, l’Eglise prie ainsi pour le nouveau diacre : « Dieu qui viens de servir à tes enfants le pain et la coupe du Royaume, garde ce nouveau diacre toujours fidèle au service de l’Evangile, des sacrements et de la charité... »bible

Il apparaît ici clairement que nous ne servirons jamais si nous n’acceptons pas de recevoir de Dieu lui-même le don du salut, c'est-à-dire déjà les réalités du Royaume qui nous sont « servies » dans l’Eucharistie. Et il apparaît que le service de l’Evangile, des sacrements et de la charité sont inséparables.

Depuis quelques temps se développent heureusement des initiatives où la Parole de Dieu est partagée avec les pauvres et les affligés, dans des lieux fraternels. Notre synode diocésain a notamment relevé ceci comme faisant partie des belles réalités à encourager et à multiplier.

Il y a bien des manières de s’encourager mutuellement dans l’écoute et la pratique de l’Evangile. Je voudrais proposer une manière simple de faire à quelques-uns une lecture priante de l’Evangile. Quelqu’un invite d’autres à se réunir chez lui autour de la table de la salle à manger, pour une heure qui peut se dérouler ainsi : celui qui invite, ou un autre, guide un petit moment de prière, puis demande à quelqu’un de lire à haute voix le passage de la Bible qui a été choisi ; on reste ensuite trois à cinq minutes en silence.

Puis ceux qui le veulent disent à haute voix un ou deux versets, ou un ou deux mots du passage biblique. Ensuite, on relit une deuxième fois le même passage à haute voix, et on reste à nouveau en silence pendant trois à cinq minutes. Alors, il y a un nouveau « partage » qui se fait en écoutant ceux qui veulent exprimer en quoi le passage, ou ce verset particulier, les rejoint et les concerne personnellement. Enfin, on relit une troisième fois à haute voix le passage et, après un nouveau temps de silence, les participants qui le veulent expriment leur prière, de demande, ou d’action de grâce... Et celui qui « anime » conclut par un « Notre Père » ou une autre prière. Cette heure ou ces ¾ d’heure ou cette ½ heure est simple à vivre, et elle peut se poursuivre par un temps de goûter fraternel. C’est modeste. C’est simple. Et c’est réconfortant.

Cette écoute et ce partage en commun nous convertissent, nous remettent dans la lumière de la Foi et renforcent les liens de la fraternité. Je suis très frappé et interpellé par la parole des autres, notamment des humbles et des souffrants, dans ces moments de lecture priante de l’Evangile. Nous nous faisons alors les uns aux autres la charité de communier à l’Evangile, et, déjà, d’en recevoir l’énergie qui permet d’en vivre en toutes circonstances, dans les épreuves et dans les joies.

+ Benoît RIVIERE

Vieillesse, naufrage ?

Editorial - Eglise d'Autun N° 15 du 22 septembre 2017

personne agee
Est-il possible de porter du fruit, même dans le grand âge ? L’auteur biblique l’affirme quand il dit : « le juste, même âgé, fructifie encore ! » (Ps 92,15).

Nous pouvons nous demander ce que cela signifie. L’auteur ne veut évidemment pas nier l’état de fragilité dans lequel peut se retrouver une personne âgée. Il n’ignore pas les mystérieuses dégradations du corps humain. Et, physiquement du moins, on n’enfante pas quand on est devenu vieux ! L’Esprit-Saint pourtant montre que celui qui se conduit selon la justice, connaît une vieillesse qui peut porter du fruit. Et quel est ce fruit ? Est-il possible de donner et de recevoir la joie, même dans un âge avancé ?

Lorsque nous ne plaçons pas en nous-mêmes l’appui fondamental de notre élan de vie, et, comme dit le psaume cité, que nous puisons notre sève dans « la maison du Seigneur », nous devenons, presque à notre insu, des porteurs de la joie divine. En nous, peut se voir quelque chose auquel tous aspirent : d’être appuyé sur un soc solide et de manifester que Dieu est simple, « sans détours ».

Un médecin gériatre, qui n’aime pas que l’on désigner les personnes âgées, atteintes de certains troubles, par des termes de « démence » ou de « maladie », préfère envisager les aînés, tous les aînés, en disant d’eux : ils sont des heureux « présents ». Je trouve cela intéressant, de regarder la vieillesse comme l’entrée dans la « présence », évidemment avec des souffrances (quelles transformations humaines, quelles naissances, pourraient avoir lieu sans une part de souffrance ?). Notre quête d’humanité n’est-elle pas essentiellement de devenir libre dans une simple présence à Dieu, aux autres et à nous-mêmes, oubliant ce qui n’a pas valeur de charité c'est-à-dire d’éternité ?

+ Benoît RIVIERE

Homélie - Session de l'Assemblée synodale des 09 et 10.09.17

« Quand deux ou trois sont réunis... » (Mt 18, 20)

Chers frères et sœurs,

A l’issue de ces deux journées d’assemblée synodale à Paray-le-Monial, nous goûtons le beau repos de la prière, et le réconfort de la Parole de Dieu.

Les passages de l’Ecriture qui sont lus en ce 23ème dimanche du Temps Ordinaire, débutent par un dialogue entre Dieu et le rugueux prophète Ezéchiel. Rappelons nous qu’Ezéchiel veut dire « Dieu rend fort ». Après la terrible destruction de Jérusalem en 587 et la déportation du peuple à Babylone, cet homme sans complexes et sans nuance, était devenu le témoin courageux du salut que Dieu seul peut donner. Il a été appelé à crier la parole du salut, au milieu d’un peuple traumatisé par la violence. Il ne s’est pas préoccupé seulement de quelques-uns, mais de chaque membre de la communauté des fils d’Israël, qu’il soit juste ou injuste, et il ne s’est pas occupé de mettre du crépi sur un mur lézardé, mais il s’est franchement occupé de guérir du péché. Et quel était ce péché ? C’était essentiellement l’idolâtrie et l’orgueil. L’idolâtrie brouille le regard : il fait prendre pour Dieu lui-même la créature. Et l’orgueil isole dans la domination. Le véritable prophète se reconnait dans la responsabilité qu’il veut porter devant Dieu lui-même, de se pencher sur les justes comme sur les injustes, de se préoccuper du frère, où qu’il se trouve. De ne pas craindre d’aimer jusqu’au bout au point que le frère injuste ne restera jamais quelqu’un qui indifférera, mais, comme dira beaucoup plus tard saint Paul, « ce frère pour qui le Christ est mort ».

C’est pourquoi le prophète Ezéchiel comprend que sa responsabilité n’est pas de dénoncer de haut la méchanceté, mais d’aller trouver le méchant, et c’est tout autre chose. Pourquoi ? Parce que la dénonciation publique éloigne de la réconciliation ; et le chemin vers le frère pour le retrouver ouvre à la joie de Dieu. Le prophète lui-même est uni par le même sang sauveur que celui du frère perdu. La mort du méchant qui n’a pas été rejoint par le témoin du Dieu de Miséricorde, c’est la mort du prophète lui-même. On te demandera compte du sang de ce frère que tu n’auras pas rejoint dans la vérité et la bonté. Si nous sommes saisis par le feu de l’amour divin, plus jamais désormais aucun être humain ne nous sera indifférent, serait-il enfoncé dans la plus noire méchanceté. Il sera un frère à « gagner », pour la vie du Royaume à venir.

Ezéchiel était un homme rugueux et sans complexes, qui tranchait sans hésitation. Dieu a en fait un témoin indispensable pour veiller sur son peuple. Simon-Pierre n’était pas non plus un tendre, ni quelqu’un qui doutait de lui-même, surtout au début de son entrée dans la communauté des disciples de Jésus. Et c’est à lui que Jésus a confié les clés du Royaume des cieux. « Ce que tu auras lié sur la terre... » Simon-Pierre reçoit cette responsabilité en vue du salut, et c’est pour que tous la reçoivent aussi avec lui. C’est bel et bien à l’ensemble des disciples aussi que cette parole est adressée : « tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans le ciel... »

En appelant à être avec lui des hommes ordinaires, Jésus a voulu les faire participer intimement à sa mission. Il a voulu édifier sur la foi de l’un d’entre eux le fondement d’unité de son Eglise jusqu’à la fin des temps. Et ce qu’il a confié à Pierre, c’est pour que tous y participent. Nous ne formons pas l’Eglise à partir de nos idées, ou de nos préférences liées à nos expériences spirituelles, nous sommes formés, par participation à l’unique mission du Christ Jésus, à être son Eglise aujourd’hui, appuyés les uns sur les autres humblement. Et cela est à la fois profondément humain et profondément divin, tout comme dans le Christ, l’homme et Dieu sont unis avec amour dans une seule et même personne.

C’est dans la belle conscience d’être appelés par pure grâce de Dieu à être l’Eglise de Son Fils aujourd’hui, ici en Saône-et-Loire, que nous voulons dans cette eucharistie, remettre dans l’action de grâce du Christ nos travaux de cette avant dernière assemblée synodale. Et nous voulons nous offrir dans l’action de grâce du Christ, nous voulons nous unir à son mystère de mort et de résurrection. La prière que nous avions faite au début de notre synode diocésain, nous pouvons encore, ce soir, en redire quelques expressions :
« Seigneur de Tendresse et de pardon, voici ton Eglise en Saône-et-Loire,44 MESSE
Qui veut t’écouter et te suivre joyeusement,
Qui veut aimer davantage tous les hommes de Saône-et-Loire.
Tu aimes l’Eglise et tu t’es livré pour elle...
Ouvre-nous à la joie du Serviteur,
Qui œuvre avec bonheur au respect des plus faibles,
Qui écoute les signes des temps sur nos terres bourguignonnes,
Et qui offre en prière quotidienne ce qu’il reçoit. »

« Si ton frère a commis un péché contre toi, va lui faire des reproches seul à seul... »
Comme c’est beau, cela, et tellement meilleur que la dénonciation publique à la cantonade...
Cantonade, c’est presque pareil que canonnade !

Il nous arrive hélas, sans souvent même nous en rendre compte, de donner plus facilement des leçons aux autres, que nous n’acceptons d’en recevoir. Mais précisément, dans ces lectures du 23ème dimanche, il ne s’agit pas du tout de faire la leçon à qui que ce soit. Il s’agit bien plutôt de nous demander : suis-je conscient de ma responsabilité comme membre du Christ lui-même ? Ma vie reflète-t-elle cette appartenance au Christ ? Est-ce que j’accorde avec empressement mon indulgence à celui qui pèche contre moi ? Notre hâte devient celle d’un compagnon allant vers son compagnon, et non pas celle d’un offusqué qui prend tout le monde à témoin qu’il a été offensé. Un ancien chalonnais, Saint Césaire d’Arles, parle de deux sortes d’aumône qu’il nous faut pratiquer : « celle qui fait donner du pain à ceux qui ont faim, et celle d’accorder notre indulgence à ceux qui pèchent contre nous. » Saint Césaire va loin, avec des accents prophétiques qui nous rappellent Ezéchiel : « si tu négliges ce commandement du Seigneur (d’accorder ta parole et ton indulgence en allant voir le frère coupable seul à seul, pour ne pas lui faire honte devant les autres), si tu ne fais pas cela (en méprisant ton frère, et en le tenant éloigné de toi sous prétexte qu’il t’a offensé), tu es plus mauvais que ton adversaire : car lui, il t’a fait du tort, et en te faisant du tort, il s’est blessé lui-même, gravement. Tu négliges la blessure de ton frère ? Tu vois qu’il meurt ou qu’il va mourir, et tu ne bouges pas ? Tu es pire en te taisant que lui en t’offensant. »

Peut-être pouvons-nous – et j’en finirai par là – retrouver dans des expériences comme celles d’un synode diocésain, une réconciliation à laquelle nous n’avions pas songé : la réconciliation avec nous-mêmes et avec l’histoire de notre diocèse ; notre découverte émerveillée que nous sommes du coup bien plus frère et sœur avec les autres que nous ne l’imaginions.


+ Benoît RIVIERE

Entrer dans un commencement

Editorial - Eglise d'Autun N° 14 du 8 septembre 2017PONTON


Un Dominicain célèbre avait donné à l’un de ses livres ce titre évocateur : « Chaque Jour je commence ». Cette belle expression peut valoir pour ce mois de septembre, si nous voulons voir et avancer dans l’espérance.
Pour un enfant découvrant l’école, ou une nouvelle classe de l’école, tout est neuf. S’ouvrir au monde des connaissances et des apprentissages fondamentaux, n’est-ce pas la joie de tout enfant, et aussi, la joie des adultes en service d’éducation auprès des enfants ? Et n’aurions-nous pas tous à trouver et à accueillir cette joie de découvrir davantage le réel, cette joie de grandir en humanité, en capacité de réfléchir, de dialoguer et de prier aussi ? Dieu ne cesse jamais de vouloir le commencement et la joie de l’humanité entière.

En ce mois de septembre, des familles arrivent pour la première fois dans un lieu, des prêtres aussi. Des séminaristes débutent ou continuent leur formation. Et pour ceux qui ne déménagent par physiquement en ce temps de « rentrée », il n’est jamais inutile de réenvisager mieux leur travail, leurs priorités, leurs relations et finalement leur mission. Un nouveau Préfet aussi arrive dans notre département, et il découvrira à travers nous tous les réalités singulières de la Saône-et-Loire. Il y a tant de générosités qui attendent d’être sollicitées pour accueillir et aider ceux qui en ont bien besoin.
L’été qui va s’achever aura permis à bon nombre d’entre nous de goûter au réconfort salutaire de la détente et des partages amicaux ou familiaux un peu prolongés. Après ce temps, nous retrouvons mieux les collaborateurs anciens ou nouveaux, avec un regard lavé heureusement dans le soleil des vacances. Et nous nous engageons avec l’ensemble des amis de l’Eglise dans la dernière étape du synode diocésain commencé voici presque deux années déjà. C’est l’étape des synthèses, de l’action de grâce et des résolutions. Pourquoi ? Pour ne pas revenir en arrière, et pour poser une confiance renouvelée dans le Christ lumière qui éclaire tout homme en venant dans le monde.

Nous donnons dès à présent rendez-vous à l’ensemble des catholiques de Saône-et-Loire et aux amis de l’Eglise le dimanche après-midi 26 novembre à 14h à Taizé. Ce sera un large rassemblement diocésain pour recueillir les fruits du travail synodal, et pour être renouvelés en profondeur dans la joie. Oui, en demandant les uns pour les autres le renouveau de notre conscience chrétienne, et la grâce d’un vrai commencement, nous voulons consacrer ce temps de septembre à la réconfortante et maternelle présence de Marie, Mère de l’Eglise.


+ Benoît Rivière

Homélie pour l’ordination diaconale de David BONNETAIN

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Homélie pour l’ordination diaconale de David BONNETAIN
Le dimanche 3 septembre 2017 en l’église de Varennes le Grand

LE COMMENCEMENT D’UN SERVICE QUI UNIT A JESUS
(Sur l’évangile du jour, Mt 16, 21-27)


Chers frères et sœurs,

L’ordination d’un nouveau diacre marque un commencement. Quelque chose de l’ordre de l’initiative de Dieu survient pour l’Eglise tout entière, lorsque l’un des baptisés reçoit l’imposition des mains. Dans ce geste liturgique très ancien et toujours actuel, qui ordonne David à la fonction de diacre, c’est nous tous, et lui bien évidemment, qui accueillons quelque chose que Dieu donne, pour le bénéfice de tous et à commencer par les plus nécessiteux. Ce qui a eu lieu à Jérusalem dans les débuts de l’Eglise, cela a lieu aujourd’hui pour l’Eglise qui vit son pèlerinage sur la terre, ici en Saône-et-Loire. La prière diaconale l’exprime ainsi : les apôtres de Jésus choisissent sous l’action de l’Esprit-Saint des hommes estimés de tous, qui les aideront dans le service quotidien. David devient diacre pour cette aide au service quotidien exercé par les apôtres, c'est-à-dire la prière, l’annonce du mystère du Christ et l’humble répartition des choses nécessaires à la vie des personnes démunies, répartitions que les actes des apôtres appellent « le service des tables ».

Que lisons-nous dans l’évangile d’aujourd’hui ? Et à quel changement de vie sommes-nous conduits ? Nous lisons qu’après avoir proclamé le premier, au nom des autres, que Jésus est vraiment le Christ, le Fils du Dieu vivant, Pierre et les autres sont entraînés par Jésus dans un itinéraire de vie sans retour en arrière. Et cet itinéraire est tout sauf un voyage d’agrément destination Club Med ! « Il faut partir pour Jérusalem, souffrir beaucoup, être tué, et le troisième jour ressusciter ! » Il s’agit ni plus ni moins de donner entièrement sa vie, sans se récupérer... perdre sa vie, dit Jésus, à cause de Lui, et trouver alors la vie véritable. C’est quelque chose que nous ne pouvons pas envisager du seul point de vue humain naturellement, en nous accrochant à nos idées et à nos conforts personnels ; mais c’est quelque chose qui est donné par Dieu à l’Eglise, de communier intimement à la mort et à la résurrection de Jésus par amour pour tous les hommes, à commencer par les plus démunis et les plus éloignés.

Oui, comme Pierre et les autres, nous-mêmes aujourd’hui, disciples du Christ par grâce et par appel de Dieu, nous sommes entraînés dans un nouveau commencement : nous ne partons plus de nous-mêmes, en nous faisant le centre des autres et de nos préoccupations. Nous passons au contraire vers la suite d’un autre que nous-mêmes, le Christ, qui sera toujours parmi nous dans les démunis et les petits de ce monde. Nous quittons l’auto-centrement, pour suivre entièrement le Christ, qui nous entraîne à sa suite là où nous n’aurions pas voulu aller.
Cher David, chers frères et sœurs, les disciples qui avaient commencé à suivre Jésus aimaient l’entendre et étaient saisis d’admiration par ses gestes qui guérissaient les malades ; et à un moment de cette fréquentation de Jésus, il leur a été montré qu’il leur fallait non seulement voir et écouter, mais être transformés eux-mêmes, pour que leur vie devienne entièrement une vie de don et de service avec Jésus.

Servir, c’est être véritablement en mouvement dans les pas de Jésus, derrière lui qui ouvre la route. Ce n’est pas seulement faire quelques bonnes actions qui satisfont notre conscience et gagnent l’admiration de la galerie, c’est changer de centre, c’est changer de boussole intérieure : c’est suivre l’esprit de douceur et de force que Dieu donne aux cœurs simples et droits. Et il n’est pas de situation, heureuse ou douloureuse, dans laquelle cet esprit ne puisse être répandu.

Pierre s’est offusqué de ce programme, et il s’est élancé à un moment en voulant protéger son maître, lui dire que ce n’était pas possible de marcher ainsi vers le lieu de la souffrance de la croix. Pierre s’est peut-être surpris lui-même, en se faisant (généreusement pensait-il) le défenseur et le porte-parole de Dieu, rien de moins : « Dieu t’en préserve », a-t-il dit à Jésus ! « J’ai, moi, Pierre, une vision plus soft de la destinée du Christ ! Et je m’autorise à me mettre en avant pour te protéger. »

En pensant les choses de cette manière, Pierre était un obstacle et un adversaire pour l’évangile. Jésus le lui a signifié très nettement. Il quittait la place du disciple à l’école du Christ pour prendre la première place, valorisante, celle de celui qui sait et qui veut protéger. Il devenait Satan, au lieu de demeurer disciple. Dans une homélie, Saint Augustin avait bien fait comprendre cela : « Parce que le Seigneur parlait de sa Passion future, Pierre voulut barrer le chemin du Seigneur : il voulut lui donner un conseil, comme pour le sauver – un malade, conseillant son médecin ! Et que dit-il au Seigneur ? « Loin de toi, Seigneur. Cela ne sera pas ! » Il voulait marcher devant et que le Seigneur suive. Mais que dit le Seigneur ? – « Passe derrière moi, adversaire ! » En marchant devant, tu m’es un adversaire ; en me suivant, tu seras un disciple. »

Ainsi pouvons-nous reconnaître quel est le feu intérieur qui nous brûle le cœur, au point de nous faire aimer comme Jésus, dans la douceur et l’humilité, renonçant à nous-mêmes, pour n’être pas un obstacle à la marche de l’évangile. Quittons franchement les apparences, pour devenir vraiment serviteur et disciple, avec Jésus, et non pas seulement devant ! Demandons de savoir discerner toujours entre la posture de l’adversaire et la place du disciple serviteur et n’abandonnons pas la route ; elle devient la route pascale, celle du mystère de mort de résurrection avec le Christ.

+ Benoît RIVIERE

 

Homélie de l'ordination de Pierre Dhaussy - 25 juin 2017

Chers frères et sœurs,

Tout récemment, le pape François a donné quelques conseils forts précieux à l’attention de ceux qui débutent leur vie de prêtres dans l’Eglise. Ces conseils évidemment sont précieux pour Pierre qui devient prêtre aujourd’hui, mais ils sont précieux aussi pour nous tous, quelque soit notre fonction dans l’Eglise :
- C’est le conseil de prier sans se lasser,
- C’est le conseil de marcher toujours,
- Et c’est le conseil de partager avec le cœur.

L’apôtre Pierre a un jour supplié le Seigneur de le sauver de la noyade totale, et le Seigneur lui a saisi la main pour l’empêcher de périr. Il a pu devenir l’apôtre sur lequel les autres se sont appuyés, parce qu’il est resté le disciple que le Seigneur relève par sa force et sa tendresse. Le pécheur d’hommes est d’abord et toujours quelqu’un qui éprouve qu’il est « repêché» par la tendresse du Seigneur.

Nous lisons aujourd’hui dans les actes des Apôtres que Pierre était emprisonné par Hérode. Et nous lisons que « l’Eglise priait Dieu pour lui avec insistance. » Cher Pierre, et chers frères et sœurs, nous sommes portés véritablement par la tendresse et la force de la prière de l’Eglise. Quand nous éprouvons des difficultés, ne restons pas isolés à nous lamenter, mais éprouvons plutôt le réconfort de la prière de l’Eglise. L’insistance de la prière de l’Eglise soutient notre faiblesse et nous arrache à nos peurs. « Pierre, lève-toi vite, lui dit l’ange, mets ta ceinture et chausse tes sandales... »

L’ange qui a fait sauter les verrous de la prison d’Hérode, c’est l’ange de l’Eucharistie qui nous fait passer des ténèbres à l’admirable lumière de la foi et de la charité. Voici à quoi nous sommes appelés : vivre avec le Christ qui libère, dans la belle communion de toute l’Eglise, marcher dans la force de l’Esprit-Saint, et visiter ceux qui attendent de recevoir la paix et le salut que Dieu donne. La prière de l’Eglise, c’est ce que nous éprouvons à chaque fois que nous sommes réunis comme aujourd’hui pour l’Eucharistie, c’est ce que nous éprouvons chaque fois que nous quittons notre auto-centrement pour écouter ce que l’Esprit-Saint chante, et pour voir ce que l’Esprit-Saint montre. « Notre vocation, dit le pape François, a commencé quand, ayant abandonné la terre de notre individualisme et de nos projets personnels, nous nous sommes mis en route pour le « saint voyage », en nous remettant entièrement à cet Amour qui nous a cherché dans la nuit. »

Pierre, en te mettant en route pour servir comme prêtre le peuple sacerdotal, et annoncer avec lui l’évangile à tous, tu fais et tu feras l’expérience du priant qui dit dans le psaume : « je cherche le Seigneur, il me répond ; il me délivre de toutes mes angoisses ». Et avec l’Eglise en prière et en pèlerinage sur la terre, tu pourras dire du fond du cœur : « j’ai goûté, j’ai vu, combien le Seigneur est bon ! Heureux celui qui trouve en lui son refuge. » Dans la célébration de la prière et des sacrements, c’est comme si le vase de parfum se brisait pour laisser se répandre le souffle recréateur et pacifiant de l’Esprit-Saint. Les sacrements du salut répandent la joie et l’odeur de la délivrance. Paul, dans la deuxième lecture de cette messe d’ordination, dit : « j’ai été arraché à la gueule du lion ; le Seigneur m’arrachera encore à tout ce qu’on fait pour me suivre. Il me sauvera et me fera entrer dans son Royaume céleste. »

Ce Royaume, c’est Jésus lui-même, que nous ne rencontrons pas dans un ailleurs imaginaire. Quand il a introduit ces apôtres dans une nouvelle relation avec lui, c’est au carrefour des nations du monde, qu’il leur a demandé : « pour vous qui suis-je ? ». Et, il leur a ouvert l’esprit à une écoute profonde des meilleures attentes humaines : « au dire des autres, qui est le fils de l’homme ? » C’est à ce carrefour que le Christ continue de nous attirer pour le connaître, l’aimer et le suivre dans l’annonce du Royaume de Dieu. A la question posée par Jésus, Pierre prend la parole au nom de tous, et il dit ce que l’Esprit-Saint lui montre. Et nous pouvons dire : «en toi, Seigneur Jésus, est la plénitude de la divinité, en toi, Seigneur Jésus, se trouvent le salut et la joie, en toi est la source de la vie, par ta lumière nous voyons la lumière, en toi est le réconfort des pauvres et des pécheurs, en toi est notre vie et notre espérance. »

Nous demandons la grâce de savoir toujours partager avec le cœur, et non pas ériger des barrières de plus ; nous demandons la grâce de recevoir la force et la tendresse de Dieu, et non de discourir de loin sur les malheurs du temps. Quel bonheur de nous laisser recréer par la joie du Christ chaque jour grandissante !

+ Benoît RIVIERE

Réfléchir et voter

Editorial - Eglise d'Autun N° 11 - 9 juin 2017


VOTENous sommes à la veille des élections législatives qui déboucheront sur un nouveau parlement au service de la concorde et de la vie de notre pays. Je vous propose de réfléchir brièvement, entre autres, à deux questions.
La première : il va de soi que nous devrons exercer notre devoir de citoyens en participant à ce vote ; mais dans quel état d’esprit irons nous voter ?
Deuxièmement : qu’espérons-nous de l’exercice du pouvoir politique en France au cours des cinq prochaines années, et qu’espérons-nous au fond pour l’avenir de la France ?

« Dans quel état d’esprit irons-nous voter ? »

Le parlement, dans l’esprit de la cinquième République, n’a pas été conçu pour être un contre-pouvoir, mais l’espace du débat pour travailler à des lois justes. En ce sens, le débat parlementaire doit favoriser avec l’exécutif l’avancée du pays dans des domaines aussi importants que ceux de l’éducation, de la défense nationale, de la santé, de la solidarité, de la défense des petits, celui du dynamisme économique et, j’ajoute, la création artistique et bien d’autres domaines encore. En ce sens, notre état d’esprit en allant voter ne peut pas être celui de gens grincheux, toujours en train de se plaindre, mais un état d’esprit confiant, désireux de voir jouer au mieux les différents niveaux de la vie publique, en concertation et en débat constructif. Et peut-être pouvons-nous demander et espérer de nos futurs députés qu’ils soient eux-mêmes dans un état d’esprit ouvert à chercher les meilleurs consensus, et votons en conséquence.

« Qu’espérons-nous pour notre pays ? »

Cette question rejoint celle de notre attachement à la vie en société. Elle rejoint une question de confiance les uns envers les autres. Est-ce que nous pouvons regarder avec espoir et confiance les années qui viennent, en étant engagés humblement à notre place pour mener avec d’autres des actions qui feront du mieux aux autres. Nos institutions sont bonnes certes, et nous devons nous en réjouir. Pourtant, il ne va pas de soi d’accepter des mandats au service des autres. Il me semble qu’il faut toujours honorer ceux et celles qui, à tous les niveaux de la société, s’engagent et s’engageront pour plus qu’eux-mêmes, et pour plus que leurs intérêts de groupe. On dit parfois que « charité bien ordonnée commence par soi-même ». Je trouve que c’est un peu court ! Je pense plutôt que charité bien ordonnée commence par la sollicitude et la bienveillance envers autrui. On ne réfléchit jamais avec justice lorsqu’on ne se situe pas dans une relation bienveillante avec les autres et dans l’humilité.


+ Benoît RIVIERE

La foi qui purifie et éclaire

Editorial - Eglise d'Autun N° 10 - 24 mai 2017


chemin
«Où vas-tu ? »
Cette simple question s’adresse à chacun de nous, et aussi à notre pays, à l’Eglise...
Vers où allons-nous ? Vers où dirigeons-nous la barque de notre existence ? Et quelle lumière vive éclaire notre route en ce monde ? Marchons-nous à l’aveuglette, au jour le jour et sans perspective, ou bien avançons-nous dans la paix et la persévérance, sûrs de l’amour indéfectible de Dieu envers les hommes ? Cherchons-nous une vraie place avec le Christ ? Nous la trouverons en nous mettant toujours en situation de pèlerins et de pauvres en route.

La foi nous indique qu’il n’est pas de route de salut sans les autres. Elle nous lie les uns aux autres dans le beau mystère de l’Eglise ouverte, pèlerine et servante de l’humanité. C’est bien pour cela que nous avons voulu ouvrir l’aventure joyeuse du synode diocésain commencé le 4 octobre 2015.

Etre en synode, c’est chercher ensemble ce qui vient de l’Esprit-Saint et qui nous met sur la bonne route. Les diocésains qui se sont réunis en petites équipes synodales jusqu’à maintenant ont fait cette belle expérience d’échanges fraternels et de soutiens mutuels. Leurs réflexions ont été recueillies par le secrétariat du synode ; l’assemblée synodale s’est déjà réunie plusieurs fois pour écouter ces réflexions.

Actuellement, les membres de l’assemblée synodale se réunissent actuellement en « forum » que nous avons appelé «coups de cœur », au nombre de 10 : la rencontre entre les cultures différentes, le soutien et l’accompagnement des vocations, l’exercice de la responsabilité entre prêtres et laïcs, la solidarité, la place de la femme dans l’Eglise, l’enseignement catholique et la catéchèse, la liturgie, les jeunes, la charge curiale et l’animation des paroisses et enfin les mobilités humaines.

Leur travail dans ces forums s’achèvera bientôt. Il restera à préparer les deux jours d’assemblée synodale des 9 et 10 septembre à Paray-le-Monial, et d’inviter largement l’ensemble du diocèse avec les amis le dimanche 26 novembre après-midi à Taizé pour célébrer les conclusions du synode.

Je compte vraiment sur la joie baptismale qui anime l’Eglise pour que nous goûtions les fruits de conversion qu’un synode accueille, et que nous soyons véritablement ouverts aux inspirations de l’Esprit pour aujourd’hui et pour demain.

Bonne fête de Pentecôte !

+ Benoît RIVIERE

La flamme de la résistance ne doit pas s’éteindre

Les mots de Monseigneur Rivière au Challenge Michelet 2017

Dans le cadre de la 45e édition du Challenge Michelet, organisée par la Direction interrégionale de la Protection Judiciaire de la Jeunesse, Monseigneur Benoît Rivière, évêque d’Autun était invité vendredi 19 mai dernier à prononcer une allocution lors d’une cérémonie d’hommage au monument aux morts de Dijon. Plus de 300 jeunes étaient réunis, venus de la région Grand-Centre, à l’issue d’une semaine de compétions sportives et culturelles sur le thème de La Résistance. Le résistant que fut monsieur Edmond Michelet, grand-père de Monseigneur Rivière était à l’honneur.


Chers amis du Challenge Michelet,

Je suis très ému de prendre la parole maintenant devant vous, et je suis fier de me sentir avec vous dans le même esprit, l’esprit du Challenge Michelet. Vous m’avez merveilleusement accueilli mercredi matin au Stade Colette Besson, et je vous en remercie beaucoup.

Dans ce stade, vous les jeunes, vous étiez heureux d’être ensemble, dans une ambiance de respect les uns des autres, dans une sorte de « famille » fraternellement unie, dans une joie communicative, et dans l’effort sportif pour être au meilleur de vous-même. Vous vous souviendrez longtemps de ces journées à Dijon, et vous pourrez vous souvenir longtemps de l’esprit du Challenge Michelet.

Edmond Michelet était mon grand-père. Nous l’appelions affectueusement « Papamond ». Il aimait beaucoup sa famille. A vrai dire, il était un homme fait pour aimer, et pour vivre en fraternité avec les autres, même ceux qui ne partageaient pas ses idées. C’était cela son esprit : un esprit ouvert et généreux, qui refusait de se laisser vaincre par la haine et par le découragement.

Et Dieu sait si Edmond Michelet, comme beaucoup d’autres, ont eu à RESISTER contre la haine et le découragement dans les années du milieu du XXème siècle et plus tard encore. Quand le nazisme poussait à dénoncer les juifs comme des gens inférieurs, quand le nazisme poussait les français à se dénoncer les uns les autres, quand le nazisme pratiquait des expériences infâmes sur le corps des infirmes, des malades et des vieillards, quand il entraînait des millions d’innocents dans les camps de déportation et d’extermination, il fallait des hommes comme Michelet pour rester debout, pour choisir la VIE au lieu de l’esclavage que les nazis voulaient imposer au monde. Il fallait espérer et se battre toujours pour vivre et pour aimer. Choisir la VIE, c’est le secret de la victoire ! C’est le secret de l’acte sur lequel, cette année, vous avez voulu réfléchir : RESISTER.

Pour RESISTER, il faut un cœur enthousiaste, il faut un cœur qui batte pour de grandes choses, il faut un cœur qui accueille les autres comme des frères, il faut un cœur réconcilié...

Chers amis du Challenge Michelet, laissez-moi vous raconter juste deux exemples de ce que le mot RESISTER voulait dire pour mon grand-père. Vous savez qu’il était père de 7 enfants, qu’il avait été arrêté sur dénonciation à 7 heures moins 10 le 25 février 1943 dans sa maison de Brive et qu’il avait été emmené au camp de concentration de Dachau. Entre les deux, on l’a interrogé brutalement pour qu’il se dénonce comme résistant, et il a tenu bon en pensant à sa femme, Marie, et à ses enfants. Il a pu faire passer clandestinement des messages à sa femme. Je voudrais vous en lire un extrait : « Amour, je te demande d’abord de ne parler à personne des gens de Brive qui m’ont envoyé ici. Je leur pardonne de tout mon cœur et je te supplie d’en faire autant – et moi je vous dis aimez vos ennemis, priez pour ceux qui vous maltraitent -. N’oublions pas que c’est à un travail de RECONCILIATION que nous sommes appelés. N’élargissons pas les fossés. Je compte bien sur toi pour cela. »

Et quelques mois plus tard, dans l’horreur du camp de Dachau, étaient arrêtés avec lui et internés avec lui des résistants, mais aussi des hommes ayant commis de vols ou des meurtres. Et bien, aux yeux de mon grand-père, tous ces français conduits au camp de concentration par les nazis, devaient se montrer dignes de leur identité de français. Ils étaient soudés entre eux dans la même épreuve. Ils devaient se traiter tous comme des frères et manifester leur unité aux yeux des bourreaux. Edmond Michelet a réussi ce tour de force de faire de cette bande de pauvres bougres, une sorte de groupe de compagnons qui se serraient les coudes ensemble dans la misère, justement pour RESISTER ensemble, justement pour choisir ensemble de ne pas se laisser gagner par l’égoïsme et par la haine. REFUSER la haine, RESISTER à laisser la haine gagner notre cœur, c’est AIMER en profondeur le présent et l’avenir de l’humanité.

Chers amis du Challenge Michelet, choisissez chaque jour l’appel à la vie, qui est exigence, réconciliation et confiance.

Bonne route dans l’esprit du Challenge Michelet !

+ Benoît RIVIERE
Evêque d’Autun


Les chemins de la vie

Editorial - Eglise d'Autun N° 9 - 12 mai 2017chemin soleil


Un psaume revient à la mémoire de Pierre lorsqu’il s’adresse à la foule des pèlerins et des habitants de Jérusalem le jour de la Pentecôte. C’est le psaume 15. Pierre ne peut parler de Jésus que dans la lumière de l’Esprit-Saint qui inspire de bout en bout l’Ecriture Sainte. Et le psaume qui éclaire la catéchèse de Pierre ce jour de Pentecôte contient le verset, qui a été prié par Jésus lui-même, et que nous prions dans son esprit aujourd’hui : « tu m’a appris les chemins de la vie. » C’est avec Jésus et en Jésus que nous comprenons jusqu’où va cette expérience de l’apprentissage de la vie avec Dieu.

Nous connaissons trop bien hélas les chemins de la mort, et nous ne pouvons pas de nous même sortir de la mort. Il y faut cette humble venue de Dieu dans nos histoires humaines blessées et tentées par la tristesse. Les deux disciples d’Emmaüs qui s’éloignaient de la communion de la foi en quittant Jérusalem tout tristes, c’est nous, bien souvent, quand nous bornons notre horizon à ce que nous comprenons et voyons avec nos sens humains : « nous espérons... » Mais cette espérance-là elle-même doit éclater, pour s’ouvrir à une rencontre dont Dieu seul a l’initiative, dans le temps et dans l’espace.

Nous pouvons admirer avec quelle humble délicatesse le Seigneur s’est fait proche de nous, sur nos routes à l’envers de la vie véritable. Nous pouvons admirer avec quelle divine façon de se faire en tout semblable à nous, le Seigneur a inscrit dans nos conversations l’ouverture au sens profond des Ecritures : de bout en bout, tout nous parle de Lui, le Christ, vraiment descendu jusque dans nos chemins de mort et jusqu’à la mort même, pour nous inonder du feu de la miséricorde et de la vérité de la vie.

Oui, nous pouvons témoigner de ce qui advient en nous quand Jésus se fait le compagnon de la route et de la table. « Tu m’a fait connaître le chemin de la vie ! Devant ta face, débordement de joie : » Alors vient au cœur un nouveau regard, une nouvelle volonté, un élan que l’on ne croyait plus possible... et c’est le retour d’allégresse vers les frères dans la communion de la foi, dans la Cité de la Paix, Jérusalem. C’est le retournement « eucharistique ». C’est la conversion pascale. C’est notre Pâque, celle que Jésus vient vivre en chacun de nous.

+ Benoît RIVIERE